Cadres seniors : Plus âgés, moins formés ?

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Les statistiques sont formelles : les cadres seniors en entreprise bénéficient de moins d’opportunités de formation professionnelle que leurs cadets. Dans la mesure où les dispositifs de formation en entreprise sont ouverts à tous, indépendamment de l’âge des salariés, quelles sont les raisons qui expliquent ce fait ?

Seniors en entreprise : de qui parle-t-on exactement ?

Dans le monde de l’entreprise, un salarié est considéré comme « senior » à partir de 45 ans. C’est du moins le terme utilisé par l’État, les statistiques, les RH des grandes entreprises et les cabinets de recrutement. Chez Pôle Emploi néanmoins, les Clubs Seniors visant à dynamiser le retour à l’emploi des seniors, concernent les plus de 50 ans. Il est donc important de parler des « seniors » avec prudence, en considérant plusieurs catégories de tranches d’âge : les plus de 45 ans, les plus de 50 ans et les 55 – 64 ans. Des tranches d’âge qui se rapportent également à des situations personnelles et professionnelles différentes ainsi qu’une vision et des objectifs de carrière bien distincts.

En outre, le concept de « seniors » varie d’une entreprise à l’autre, pouvant signifier pour l’une : l’ensemble des salariés possédant une expérience professionnelle significative et, pour l’autre, les salariés ayant atteint un certain âge.

Faits et chiffres sur la formation des seniors en entreprise

Selon les chiffres de l’INSEE, les seniors encore en emploi, c’est-à-dire les personnes de plus de 55 ans, bénéficient moins souvent de formations professionnelles que les autres actifs. En effet, entre 25 et 54 ans, un actif sur deux a participé à au moins une formation pour des raisons professionnelles, contre seulement une sur trois pour les actifs entre 55 et 64 ans.

Les chiffres et analyses publiées par la DARES en juin 2016 font état du fait que l’accès à la formation décroît avec l’âge. Les plus de 50 ans sont ainsi moins formés que leurs cadets, tout en étant également moins informés sur l’existence des dispositifs de formation professionnelle dont ils pourraient bénéficier. Les comportements des seniors sont également à mettre en cause, avec trois quarts des salariés âgés de 55 ans et plus déclarant ne pas souhaiter de formation professionnelle.

Les raisons qui expliquent les disparités

Selon l’analyse de la DARES, 72 % des seniors déclarent ne pas vouloir suivre de formation ou une autre formation lorsqu’ils en ont déjà suivi une récemment. C’est le cas notamment pour 77 % des seniors n’ayant pas été formés au cours de l’année passée est de 67 % pour ceux qui ont bénéficié d’une formation.

En recherchant des explications quant à cette attitude, on trouve principalement un manque d’information, des doutes quant aux conséquences de la formation en termes d’évolution dans l’entreprise, un manque d’investissement professionnel et une attitude de repli chez les seniors.

Lorsqu’ils sont interrogés par rapport aux raisons qui les poussent à ne pas vouloir se former davantage, 64 % des salariés, les seniors comme les plus jeunes salariés, déclarent ne pas avoir besoin de formation. On note également une forte disparité entre les réponses fournies par les ouvriers (85 %) et les cadres du même âge (66 %).

Une autre raison pouvant expliquer que les cadres seniors sont écartés de la formation professionnelle, apparaît dans les résultats d’une étude réalisée par l’APEC, intitulée « les cadres seniors : recrutement et intégration en entreprise ». Dans cette étude, il ressort que l’entreprise attend des cadres seniors qu’ils soient plus rapidement opérationnels que leurs cadets. En effet, les seniors étant plus enclins à demeurer dans un même secteur d’activité lorsqu’ils changent d’emploi, ils sont considérés par l’entreprise comme des experts dans leur domaine et n’ont donc pas besoin, selon les RH, de formation pour devenir rapidement opérationnels.

Si les études actuelles font le constat d’un décrochage de l’investissement dans la formation des seniors, certains spécialistes mettent en lumière l’importance de renforcer et de rééquilibrer les dépenses de formation engagées par les entreprises en faveur des salariés plus âgés. Un enjeu de taille qui verra peut-être de nouveaux aménagements dans l’obligation légale de formation pour les seniors à l’avenir.

Marilyn GUILLAUME