De nouvelles formations professionnelles pour de nouveaux besoins

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L’offre de formation professionnelle à destination des entreprises a énormément évolué ces dernières années. Les sociétés sont de plus en plus exigeantes sur la qualité et l’aspect percutant des méthodes pédagogiques et, en parallèle, les prix sont considérablement tirés vers le bas. Comment expliquer ces évolutions et à quoi devons-nous nous attendre dans les années à venir ?

 

Avec la loi formation professionnelle, emploi et démocratie sociale du 5 mars 2014 portant sur le financement de la formation en France, les subventions sont beaucoup moins importantes et les entreprises d’autant plus regardantes sur les investissements effectués. La poule est partie avec son or et aujourd’hui les formations dispensées doivent être rapides, efficaces et dans la limite d’un raisonnable financier.

L’impact de cette loi est l’émergence de 2 types de formation, 2 extrêmes :

  • Les formations « lowcost » où les entreprises cherchent la même qualité qu’avant la loi formation mais pour moins cher.
  • A l’opposé, des formations de qualité avec une forte valeur ajoutée.

 

La problématique reste de définir ce qu’est cette valeur ajoutée. Qu’est-ce qui est aujourd’hui rechercher par les entreprises ? Quelles nouveautés pédagogiques peuvent répondre aux enjeux actuels ?

 

Avant de répondre à ces questions, il faut également considérer aujourd’hui l’évolution du rapport à l’entreprise et la modification du monde du travail. Alors que nos aïeux restaient 20 ans dans la même structure, nous nous étonnons aujourd’hui quand une personne de notre entourage nous parle d’une ancienneté de 7 ans. Capitaliser, le temps est précieux ! Les compétences de nos jeunes têtes pensantes passent d’une structure à une autre pour faire évoluer leurs connaissances, leurs acquis et leurs salaires, par la même occasion.

Dur dans ce contexte pour les entreprises d’investir de fortes sommes d’argent dans des formations longues sans garantie que la collecte des fruits de ce travail leur soit réservée.

 

D’autre part, avec l’essor d’Internet, le savoir est en très grande partie disponible pour tous. Il suffit pour s’en rendre compte de taper « Technique de management » sur Google pour tomber sur pléthore de documents, tutoriels, vidéos, MOOC et conseils en tout genre. Il est aujourd’hui possible de s’auto-former sur de nombreuses techniques autrefois réservées à une certaine élite.

Difficile dans ces conditions pour les formateurs, exception faite des experts de domaine de pointe, de vendre leurs savoirs comme une vraie valeur ajoutée. Ils doivent donc faire preuve d’ingéniosité pour développer des pédagogies différenciantes qui viendront percuter les mémoires et favoriser l’apprentissage. L’accent n’est plus mis sur le fond mais sur la forme.

 

Avec l’évolution de l’économie et la croissance importante des sociétés de service en France et plus globalement dans le monde occidental, l’accent n’est plus mis sur les connaissances techniques mais le savoir-être humain. Combien d’entreprises ont vu leur service de production exporté en Chine, en Inde ou tout autre pays proposant les « mêmes services » pour moins chers. Il reste dans notre cher pays exclusivement les services stratégiques, les fonctions centrales (finance, RH, communication, DSI, marketing et vente…) multipliant ainsi de nombreuses couches de managers dit « intermédiaires »

Les formations proposées doivent être davantage axées sur un savoir être plus que sur un savoir-faire ; sur l’humain plutôt que sur les compétences techniques. Le savoir-être se développant surtout avec l’expérience, les formations doivent permettre des mises en situation facilitant la projection dans le monde de l’entreprise pour toucher les participants et que l’apprentissage ne soit pas uniquement cérébral.

Nos formations universitaires ont bâti des générations de personnes disposant de merveilleuses compétences techniques. Mais qu’en est-il de leurs compétences humaines ? Les formations d’aujourd’hui doivent donc concilier un développement des compétences humaines et techniques. On constate donc l’émergence de formation à base de coaching et d’accompagnement ; la multiplication des méthodes pédagogiques utilisant des techniques de jeux de rôle, gaming ou seriousgame, théâtre et improvisation… pour venir étoffer les formations autrefois plus classiques et magistrales. L’utilisation du jeu, dans tous les sens du terme devient un levier récurrent, la prise de plaisir par le ludique facilitant l’appropriation des connaissances.

Une expérience marquante, où l’émotionnel, le corps et l’intellect sont tous sollicités. Voilà très certainement les formations de demain.

 

Julien Tréfeu
Formateur et comédien d’improvisation théâtrale
Consultant en Conduite du changement