Peut-on obliger un salarié à effectuer une tâche qu’il juge contraire à son éthique personnelle ?

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En mars dernier, le PDG du groupe Vinci, Xavier Huillard, annonçait que sa société ne participerait pas au projet du mur anti-immigration voulu par le président Donald Trump entre les Etats-Unis et le Mexique. Évoquant la réalité de son entreprise, sa culture, sa manière de faire et la sensibilité de ses collaborateurs au niveau mondial, Huillard justifie sa décision pour « ne pas choquer une majorité des salariés ».

Alors que la plupart des salariés se disent aujourd’hui concernés pas les actions menées par leur entreprise, les valeurs morales sont devenues un véritable enjeu de management qui peuvent, dans certains cas, prendre la forme de simples habillages utilisés par les salariés pour contrer les démarches de leur entreprise. L’éthique des entreprises : de quoi parle-t-on exactement et jusqu’où peut-on aller ?

L’éthique en entreprise : de quoi parle-t-on ?

Dans le domaine de l’entreprise, l’éthique couvre un champ très large. Elle varie en fonction de la taille des organisations et peut être relative à l’image et au comportement de leur société (respect des clients, des partenaires économiques, des valeurs), au respect des normes (lutte contre la fraude et la corruption, conformité aux règlements) ou encore au mode de gestion des ressources humaines (respect des salariés, de leur vie privée, lutte contre le harcèlement et les discriminations).

Selon le dernier Baromètre du climat éthique des salariés des grandes entreprises, réalisé tous les trois ans par BVA pour le groupe La Poste et le Cercle d’éthique des affaires, la question de l’éthique et de la déontologie aurait moins de place dans les entreprises dans un contexte de crise économique. Un recul qui inquiète et qui impacte sur le niveau de confiance des salariés, soucieux du respect de l’éthique et des valeurs de la part de l’entreprise pour laquelle ils travaillent.

Vers des dispositifs en interne

De plus en plus d’entreprises élaborent, en interne, des dispositifs visant à promouvoir l’éthique. Bien que les collaborateurs ne se sentent pas toujours concernés par les actions menées en matière d’éthique, les dispositifs mis en place sont particulièrement appréciés et contribuent à renforcer la confiance des salariés dans leurs dirigeants et dans leur organisation. Entre 2008 et 2013, par exemple, L’Oréal a traité pas moins de 2 850 questions relevant de l’éthique, dont deux tiers concernaient les ressources humaines. Durant cette période, 1400 mesures correctives ont été adoptées, dont des sanctions.

La loi Sapin II, adoptée le 8 novembre 2016, a érigé un véritable statut pour les lanceurs d’alertes, mettant expressément à la charge des entreprises l’obligation d’élaborer des dispositifs visant à protéger les lanceurs d’alerte, c’est-à-dire des collaborateurs qui révèlent ou signalent des problèmes éthiques. Un dispositif déjà inscrit dans le code de conduite de grands groupes comme Total par exemple.

Faire parler de l’éthique : la responsabilité des entreprises

A l’image de Total qui organise des « Business Ethics Days » à tous les niveaux et dans toutes ses filiales, il appartient aux entreprises de promouvoir les conversations autour des risques et des enjeux de l’éthique afin de les entendre et de leur présenter de quelle manière l’éthique peut devenir un avantage compétitif. Il est également essentiel que les salariés ne fassent pas de confusion ou d’amalgame entre éthique et conformité : à l’échelle internationale, certaines actions sont effectivement nécessaires afin d’atteindre un niveau de conformité permettant de produire ou de vendre sur des marchés particuliers et il est important que les salariés en aient conscience.

Il se pourrait que les valeurs éthiques soient devenues le nouveau cheval de bataille des entreprises, dans le but d’inspirer la confiance de leurs collaborateurs et de prospérer. Promouvoir ses valeurs déontologiques et prouver l’importance de ses responsabilités envers ses salariés est un objectif louable qui peut séduire en interne comme à l’extérieur, que de plus en plus d’entreprises considèrent très sérieusement, créant, à l’image de la SNCGF, des services dédiés à l’éthique et à la déontologie afin de faire évoluer et promouvoir les principes éthiques au cœur de l’entreprise.

Marilyn Guillaume